lundi 16 novembre 2015

L'épreuve s'inscrit exclusivement dans un art de vivre sans référence à la théorie

Pourquoi la vie devrait-elle être une épreuve préparatoire divine ? Et si elle est une préparation, à quoi prépare-t-elle réellement ? Quelles sont les raisons de la discrimination dès la naissance entre les hommes bons et les méchants ? Y a-t-il prédestination ? etc.

Avec notre mentalité actuelle, ces questions (et bien d'autres encore) sont naturelles mais elles ne semblent pas avoir été essentielles ni chez Sénèque, ni chez Epictète car la culture de soi ou l'art de vivre en philosophe font passer au second plan les interrogations théoriques.

Bien entendu l'art de vivre s'inscrit dans un champ théorique général mais il est frappant de voir que la pratique du philosophe n'y fait pas référence car le souci de soi (epimeleia heautou) s'inscrit dans un art technique de vie (tekhnê tou biou) ayant pour fin générale et absolue le meilleur rapport possible de soi à soi en rejetant les dimensions extérieures à soi-même comme par exemple l'objectif d'Alcibiade voulant devenir gouvernant. On ne tend plus non plus à s'améliorer sur le plan rationnel. Le subjectivité étant devenu le seul thème de préoccupation.




dimanche 15 novembre 2015

Chez les Stoïciens, l'épreuve n'est pas une fatalité comme chez les tragédiens

Prométhée, Heraclès, Œdipe ... dans toutes ces histoires les épreuves sont la somme des excès et des affrontements commis par les héros contre les dieux ou sont le résultat de la jalousie de ces derniers envers les hommes.

Et le plus emblématique de ces récits fatalistes est sans doute celui de Prométhée qui s'est attiré par son comportement le courroux de Zeus. Mais Œdipe à Colone - qui est poursuivi par la vengeance des Dieux - est également très représentatif, car à la différence de Prométhée Œdipe est terrassé pour des crimes commis par ignorance des causes.

Or toute la différence est là entre épreuve tragique et épreuve philosophique : chez Sénèque ou Epictète il n'est absolument pas question d'un bras de fer entre le ciel est les hommes mais d'un amour paternel rugueux disposant bienveillamment des malheurs sur la route des élus.

mercredi 11 novembre 2015

Pour le philosophe éclaireur, l'ordre du monde - aussi pénible soit-il - est ontologiquement un bien

Si Sénèque utilise la figure paternelle de Dieu, Epictète dans le livre I des Entretiens se contente de comparer l'Etre Suprême à un maître de gymnase qui forme des champions aux jeux olympiques.

Dans l'un comme dans l'autre cas, l'idée est la même : entraîner les gens de bien  à affronter les plus rudes adversaires (les méchants étant discriminés c'est-à-dire exclus de la "probatio").

Mais cette discrimination prend ici la forme d'un éclaireur de la souffrance, autrement dit la figure d'une personne de bien naturellement exceptionnelle, forte et vertueuse envoyée au-devant de l'infortune, du malheur et des plus grands dangers au lieu de végéter parmi les hommes ordinaires. Puis l'oeuvre accomplie, elle revient dans la cité pour dédramatiser les risques des épreuves qu'elle a surmontés et enseigner à d'autres comment vaincre le péril. C'est la figure du cynique ou du philosophe éclaireur.

Alors si l'on peut vaincre les maux, ce n'en sont plus, au contraire ils se révèlent être des biens utiles et profitables pour la formation de soi. Par exemple, être insulté, c'est être instruit.

Le Stoïcisme affirme cette thèse vigoureusement :  "quoi qu'il arrive de douloureux, chaque souffrance fait partie de l'ordre du monde et si elle me paraît individuellement un mal, elle est globalement un bien car elle fait partie d'un plan divin".

Notre jugement nous égare mais l'analyse  du sujet rationnel est à même de contempler cet ordre en tant que tel et de relativiser le mal qui ontologiquement est un bien.

A ce postulat général du Stoïcisme, Epictète ajoute que le mal se transfigure aussi d'un point de vue individuel car l'épreuve vécue n'est pas seulement bonne rationnellement mais elle est également positive pour nous car, dans l'exemple de l'insulte, elle est aussi instructrice (de maîtrise de soi n.d.r.)    

lundi 9 novembre 2015

La vie toute entière comme épreuve

Sénèque dans le "De Providentia" utilise le très ancien thème du Dieu paternel, créateur du monde et des hommes.

Pour lui, le but n'est bien entendu pas de faire une nouvelle théogonie mais d'examiner et de mettre l'accent sur le modèle du père qui aime ses enfants avec énergie, courage, rigueur et sans faiblesse ("amat fortiter"), en opposition au rôle maternel permissif et consolateur.

Seul le père (ou son équivalent) est chargé de former ses fils au travers des épreuves, des fatigues et des douleurs. Aussi, l'amour de Dieu pour les hommes ne sera pas une indulgence providentielle mais au contraire une vigilance pédagogique. Vigilance non exempt de paradoxes par ailleurs.

En effet, pendant que les hommes de biens - qui sont les élus - sont confrontés aux difficultés de la vie, les méchants abandonnés à leur sort passent une vie de délices et de repos.

Sénèque résout la contradiction en considérant que les méchants ne sont pas dignes de l'éducation paternelle et sont négligés par Dieu qui ne souhaite pas les fortifier, les endurcir et les rendre courageux au travers des épreuves.

Il y a au minimum deux idées à retenir dans ce texte :


  1. L'éducation ne se limite pas à un âge en particulier et le souci de soi - qui dans l'Alcibiade venait combler les carences du système éducatif - deviendra à l'époque héllenistique et  impériale une préoccupation de toute la vie. Dans un système providentiel Dieu organise cette formation, cet "epimeleia heautou" au travers de toutes les déconvenues qui nous sont envoyées à titre personnel.   Elle est devenue une "no limited self education", autrement dit une coextensivité de la vie et de la formation. 
  2. Seuls les gens de bien sont admis aux épreuves. il y a bien discrimination car les méchants sont exclus (ils ne s'en plaindront pas. n.d.r.), pour que finalement les hommes bons se distinguent des autres. L'épreuve ("probatio") sur le chemin de vie est à la fois générale, éducatrice et discriminante.  



 

Wittgenstein et le néopositivisme

A) Introduction Si le mot « positif » n’est pas simplement l’antonyme du mot « négatif », il signifie, d’un point de vue philosophique, « ce...