vendredi 21 juillet 2017

Quand les frères Bogdanov cèdent à la mode du tout numérique

Quelles impressions me laisse la lecture de leur ouvrage "le visage de Dieu" paru en 2010 ?

Tout d'abord, je dois faire part de mes préjugés à l'égard des frères Bogdanov qui ont toujours été à mon goût un peu trop people pour être sérieux, c'est pourquoi je me suis longtemps gardé de lire leur littérature.

Mais que diable, il faut dépasser les préjugés !

C'est ce à quoi je me suis attelé en lisant "le visage de Dieu"

Le titre d'abord : il fait référence aux termes d'une conférence prononcée le 23 avril 1992 par un astrophysicien, George Smooth, à propos de la découverte (ou plutôt de la photographie) du rayonnement fossile 380 000 ans après le Big Bang " It like lokking at God" traduit par "c'est comme voir la visage de Dieu" ou très précisément "pour les esprits religieux, c'est comme voir le visage de Dieu".(page 17 éditions  J'ai Lu).

Inutile de préciser que cette expression dans la bouche du scientifique lui a valu nombre de quolibets, mais là n'est pas l'intérêt du livre.

Le rayonnement fossile venait éclairer, si je puis dire, d'une manière évidente que l'univers avait eu un commencement et par là infirmait l'hypothèse d'un univers stationnaire existant de toute éternité comme le pensait, à tort, Albert Einstein par exemple.

Mais passons les explications historico-scientifico-techniques qui, au demeurant, prouvent le talent de vulgarisateur scientifique des frères Bogdanov.

Le message : l'univers à une origine et le hasard n'y joue aucun rôle, c'est ce que d'aucun appellent le principe anthropique à savoir que tout est programmé depuis l'origine des temps. Le mot anthropique vient du grec Άνθρωπος, (anthropos) désignant l'homme.

Puisque pour l'heure nous ne connaissons rien de supérieur à l'homme, il faut considéré que dès le Big Bang, voire avant, son apparition avait été programmée comme tout ce qui a précédé dans l'échelle de la complexité, de la nucléosynthèse, en passant par les galaxies, les planètes, jusqu'à la vie.

Pourquoi ? Eh bien parce qu'il y a un tout petit nombre de constantes dans l'univers (vitesse de la lumière, valeur de la gravitation etc) qui si elles avaient été différentes même de manière infinitésimale auraient, pour prendre un exemple, empêché la formation du carbone dans les étoiles et sans carbone pas de vie sur terre. Finalement tout aurait été différent.

Critique d'Egoplégie : Est-ce à dire qu'il n'y aurait eu que du chaos et rien d'aussi spectaculaire que la vie ? Personne ne peut l'affirme, pas même les Bogdanov. Différent ne veut pas dire moins bien, peut-être pourrions nous imaginer un univers infiniment plus organisé que le nôtre où notamment le mal n'existerait pas, mais aussi en l'état actuel de nos connaissances il ne peut y avoir de vie sans carbone pourtant ne peut-on imaginer une autre forme de vie sans carbone ? Il est impossible d'établir une relation entre les constantes de l'univers et la création de notre monde connu en sous-entant qu'il fut le seul possible. Notre esprit cherche continuellement des explications simples pour se rassurer or en la matière les Bogdanov savent y faire.

Ils vont même jusqu'à proposer une hypothèse répondant à la question "d'où vient le Big Bang".

Citation : "(...) il nous faut donc remonter très loin dans le passé , jusqu'à l'instant zéro, c'est-à-dire jusqu'à cet instant très mystérieux qui représente l'origine absolue de l'Univers où, comme nous le pensons , devaient être codées toutes les lois physiques sur lesquelles repose la réalité qui nous entoure. De même que tous les êtres vivants sont précédés d'une information génétique qui "code" leurs caractères physiques, l'Univers pourrait ainsi être précédé d'une information cosmologique qui, elle-aussi, "code" ses caractéristiques et les grandes lois physiques. Comme tous les codes, ce "programme cosmologique primordial" se réduirait à un système d'instructions et de données numériques. (p 252 et 253)

Critique : dans cette citation il y a un mot important "REDUIRAIT" car c'est bien à une pensée réductionniste à laquelle nous avons affaire. En effet, les auteurs du livre pensent que si l'on parle du temps il faut distinguer un temps réel (ou chronologique) d'un temps imaginaire (ou virtuel). Ainsi s'il est logiquement impossible de postuler quelque chose avant l'instant zéro parce que c'est l'instant zéro, il faut se poser la question de savoir si le temps lui-même n'est pas l'objet d'une création; de la sorte on évite de s'opposer au principe d'identité et de non contradiction. En distinguant un temps réel d'un temps imaginaire ils croient être autorisés à postuler un programme numérique contenant toutes les informations susceptibles de se dérouler dans le temps réel (déroulé en quelque sorte) comme si vous ou moi nous mettions un DVD dans son lecteur pour que le film apparaisse à l'écran. Le temps virtuel imaginaire serait contenu sur un support mais lequel ? (où est le DVD de l'univers?), qui serait l'acteur susceptible de déclencher la lecture et pourquoi, d'où provient ce programme ? etc. voilà quelques questions parmi beaucoup d'autres auxquelles la thèse des Bogdanov ne peut pas répondre.
Ce qui revient à dire qu'une thèse non vérifiée qui pose plus de questions qu'elle n'en résout sème plus le trouble qu'elle ne fait la lumière sur une question.    



 


dimanche 2 juillet 2017

Temps, ordre et entropie

Saint Augustin considérait que l'on ne peut appréhender le temps qu'au travers du présent. Ainsi au lieu de parler du passé, du présent ou du futur, sa formule aurait été approximativement établie comme ceci :


  1. Le présent du passé (car on se souvient maintenant); 
  2. Le présent du présent (car on vit l'instant présent);
  3. Le présent du futur (car c'est maintenant que l'on anticipe les événements à venir).
On ajoutera malheureusement que ce temps possède une orientation directionnelle et n'est pas réversible, sans quoi le futur deviendrait le passé ou inversement.

Pourtant les équations de la physique ne connaissent pas ce sens unique. Du point de vue de la physique s'il est possible de représenter mathématiquement un phénomène, par exemple un verre qui se brise, les calculs permettent également d'envisager le processus inverse; à savoir le même verre qui se reconstitue. Or nous savons tous que cela est impossible. 

Enfin pas exactement, je ne devrais pas écrire impossible mais plutôt très, très, très improbable. 

En effet selon le second principe de la thermodynamique tout système tend vers le désordre maximal, c'est-à-dire l'entropie maximale autrement dit la mort ou la destruction, et pas l'inverse.

Du simple caillou à l'univers, les êtres et les choses vont disparaître. Le caillou finira tôt ou tard par se désagréger et l'univers mourra aussi ... enfin on en sait rien mais par analogie on le suppose. 

Pourtant il faut bien reconnaître que depuis 13,7 milliards d'années l'univers a franchement fait le chemin inverse à savoir qu'il est sorti d'un chaos invraisemblable pour s'orienter vers de plus en plus de complexité.

Au début, il n'y avait rien sinon une chaleur et une densité infinie et aujourd'hui c'est une infinité de galaxies que nous pouvons observer dans le ciel.

L'univers aurait-il inverser la course du temps ?

Non pas mais il maîtrise l'entropie au point de diminuer la quantité de désordre parallèlement à la croissance de l'ordre. 

D'où provient ce miracle ? 

De la force nucléaire, de la force électromagnétique et de la force de gravitation qui depuis l'origine des temps et au fur et à mesure de l'expansion comme du refroidissement de l'univers, ont créé d'abord les particules élémentaires puis de degré en degré ont construit la matière, les astres, les planètes jusqu'à produire la vie sur terre.

L'expansion de l'univers qui s'accélère au cours du temps empêche l'entropie de produire ses effets délétères car si pour toute création d'ordre (n'importe quelle chose est le produit d'une création) la thermodynamique postule qu'il faut générer à l'extérieur une plus grande quantité de désordre, pourtant une plus grande quantité de désordre dans un univers qui grandit plus vite que le désordre aboutit à ce que chaque être qui naît le fait au dépens de l'ordre général, certes, mais dans un espace tellement accru que le désordre qu'il provoque devient marginal et finit par se perdre dans l'immensité intergalactique.

Conclusion : tant que l'univers est en expansion accélérée l'ordre peut croître sans se soucier du désordre généré en plus grande quantité car ce dernier trouvera constamment plus d'espace pour se perdre.    



  





Wittgenstein et le néopositivisme

A) Introduction Si le mot « positif » n’est pas simplement l’antonyme du mot « négatif », il signifie, d’un point de vue philosophique, « ce...