Depuis toujours la religion ou la philosophie posent la
question : « pourquoi les
hommes vivent mal ? ». Et immédiatement cette question en induit une
autre « mais de quel mal vivent-ils ? ».
Déjà dans les
livres anciens de la Torah, le prophète Esaïe s’exprimait ainsi : « Quand
vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux; Quand vous multipliez les
prières, je n'écoute pas: Vos mains sont pleines de sang. Lavez-vous, purifiez-vous,
Otez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions; Cessez de faire le mal. Apprenez à faire le bien,
recherchez la justice, Protégez l'opprimé; Faites droit à l'orphelin, Défendez
la veuve.… ». (Esaïe 1, 15 à 17)
Protéger l’opprimé,
faire droit à l’orphelin, défendre la veuve…. ainsi que toutes actions de justice sociale
doivent être considérées avec attention certainement, mais seraient-elles donc suffisantes pour accéder au titre de juste ?
D’un point de vue
moral et sociétal la réponse est probablement affirmative cependant, d’un point
de vue religieux la réponse est clairement insuffisante. « Abram
fit confiance à l’Eternel et, à cause de cela, l’Eternel déclara Abram juste.
(Genèse 15:6) ». Or Abraham n’est pas le prototype du justicier
social.
Dans l'optique religieuse, vivre bien se
serait donc commencer par faire confiance en Dieu mais attention quand même…,
pas n’importe quel dieu. Car selon l’Exode « L'Eternel dit à Moïse: -
Va, redescends, car ton peuple que tu as fait sortir d'Egypte se conduit très
mal.
Ils se sont bien vite détournés de la voie que je leur avais indiquée. Ils se sont fabriqué un veau de métal fondu, ils se sont prosternés devant lui et lui ont offert des sacrifices en disant: «Israël, voici ton dieu, qui t'a fait sortir d'Egypte!». Puis l'Eternel ajouta: - Je constate que ce peuple est un peuple rebelle. (Exode 32, 7 à 9).
Ils se sont bien vite détournés de la voie que je leur avais indiquée. Ils se sont fabriqué un veau de métal fondu, ils se sont prosternés devant lui et lui ont offert des sacrifices en disant: «Israël, voici ton dieu, qui t'a fait sortir d'Egypte!». Puis l'Eternel ajouta: - Je constate que ce peuple est un peuple rebelle. (Exode 32, 7 à 9).
Métaphoriquement,
le Veau d’or ce sont tous les dieux de la nature, tous ceux que les sociétés
anciennes ont vénéré dans des cultes consacrés aux puissances de l’orage, du
soleil, de la mer et biens d’autres entités naturelles encore, mais également
le veau d’or, et c’est ce qui nous vient en premier à l’esprit, c’est la
vénération pour les richesses de ce monde.
En ésotérisme, il
est habituel de diviser le monde en deux sphères : un monde d’en-haut et
un monde d’en bas. Et par effet de miroir, ou de génération, l’un
correspondrait à l’autre : « Il est vrai, sans mensonge, certain, et
très véritable : ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut ; et
ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d'une
seule chose. Et comme toutes les choses ont été, et sont venues d’un, par la
médiation d’un : ainsi toutes les choses ont été nées de cette chose
unique, par adaptation. Le soleil en est le père, la lune est sa mère, le vent
l’a porté dans son ventre ; la Terre est sa nourrice. Le père de tout le telesme de tout le
monde est ici." (Table d’Hémeraute D’hermès Trismégiste).
Comme on le voit
dans le texte ces deux mondes forment une unité que l’on retrouve également par
parenté d’idées chez Numénius ou chez Plotin, autrement dit une unité qui
serait une espèce de continuum évoluant de l’Etre le plus indéterminé jusqu’aux
objets matériels et aux êtres vivants les plus hétéroclites. Ce continuum
pourrait avoir pour devise « l’un dans le multiple et le multiple dans l’un ».
Or, quand la
Genèse affirme que l’homme est fait à l’image de Dieu, elle n’affirme pas, dans
une espèce d’esprit plotinien que Dieu est un avec l’homme ou que Dieu est
comme l’homme et inversement. Au contraire, elle affirme simplement que l’homme
est à l’image de Dieu comme un soldat de plomb est à l’image d’un vrai soldat,
c’est-à-dire que le premier est très loin de s’approcher du second sinon par un
rapport de similitude plus ou moins convaincant. De plus seul l’homme est à l’image
de Dieu, le reste de la création n’a aucune similitude ni de près ni de loin
avec son créateur. Il n’y a ainsi pas de continuum du Créateur à la création. Il
faut en conclure que Dieu est radicalement différent de la création et que la
pensée à l’origine des textes bibliques est une pensée dualiste par essence
contrairement à la pensée philosophique grecque dont les fondements monistes
apparaissent outrageusement non seulement chez les auteurs précités, mais
également chez Platon avec sa théorie des idées au sommet de laquelle trône l’idée
du Bien, mais également chez les Présocratiques qui ont presque tous rechercher
le principe originel du monde manifesté à savoir l’eau chez Thalès, l’apeiron
ou l’illimité (infini) chez Anaximandre, l’air chez Anaximène, le Logos chez
Héraclite, les nombres chez Pythagore, l’être et le non-être chez Parménide, l’atome
chez Démocrite…
Les derniers
cités sont tous des philosophes dit de la nature, nature qui représente pour
eux l’unité de toutes choses. Aucun d’eux ne conçoit une surnature ou plus
exactement chez les Présocratiques tous phénomènes surnaturels à
systématiquement des causes naturelles. Ainsi l’ensemble de la pensée grecque
préchrétienne est une pensée totalitaire au sens non pas politique du terme
mais au sens moniste, c’est-à-dire qu’il y aurait un principe fondant chaque
réalité et c’est à ce dernier qu’il faudrait se référer pour trouver réponse à
nos questions.
Alors, d’une
simple analyse des discordances entre le monisme grecque et le dualisme
judéo-chrétien, il n’est pas difficile de comprendre que la conception des
dieux grecs est radicalement à l’opposé d’un Dieu unique chez les juifs et les
chrétiens.
Le Veau d’or c’est
en quelque sorte l’archétype de toutes les puissances vénérées par une pensée à
principe unique, pensée qui se heurte frontalement la conception d’une création
ouverte qui ne peut trouver son explication en elle-même.
Finalement pour
répondre à la question « pourquoi les hommes vivent mal », il y a
deux tentatives de réponse distinctes.
- 1) Manque
de connaissances
La première qui a
été inaugurée par l’éthique socratique à savoir que nul n’est méchant
volontairement car tous les hommes commettent l’injustice par ignorance, et j’ajouterais
par ignorance des principes qui régissent la nature. Dans ce cas, ce serait l’éducation
qui permettrait de retrouver la voie de la vertu car l’homme est bon
naturellement.
- 2) Manque
de foi
La seconde qui
est issue de la tradition biblique juive à savoir que l’homme est un pécheur devant
l’Eternel. Ce pécheur devrait son salut non à une quelconque connaissance mais
plutôt à la reconnaissance de son créateur et à la confiance qu’il investira en
lui (acte de foi). Comme Abraham, sera juste celui qui investira sa confiance en Dieu, seulement
alors pourront en découler les bonnes œuvres. Les bonnes volontés sans Dieu ne
suffisent car comme dit l’adage l’Enfer est pavé de bonnes intentions.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire