samedi 26 janvier 2019

Le Veau d'or


Depuis toujours  la religion ou la philosophie posent la question : « pourquoi  les hommes vivent mal ? ». Et immédiatement cette question en induit une autre « mais de quel mal vivent-ils ? ».
Déjà dans les livres anciens de la Torah, le prophète Esaïe s’exprimait ainsi  : « Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux; Quand vous multipliez les prières, je n'écoute pas: Vos mains sont pleines de sang.  Lavez-vous, purifiez-vous, Otez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions; Cessez de faire le mal.  Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, Protégez l'opprimé; Faites droit à l'orphelin, Défendez la veuve.… ». (Esaïe 1, 15 à 17)

Protéger l’opprimé, faire droit à l’orphelin, défendre la veuve….  ainsi que toutes actions de justice sociale doivent être considérées avec attention certainement, mais seraient-elles  donc suffisantes pour  accéder au titre de juste ?
D’un point de vue moral et sociétal la réponse est probablement affirmative cependant, d’un point de vue religieux la réponse est clairement insuffisante.   « Abram fit confiance à l’Eternel et, à cause de cela, l’Eternel déclara Abram juste. (Genèse 15:6) ». Or Abraham n’est pas le prototype du justicier social.

Dans l'optique religieuse, vivre bien se serait donc commencer par faire confiance en Dieu mais attention quand même…, pas n’importe quel dieu. Car selon l’Exode « L'Eternel dit à Moïse: - Va, redescends, car ton peuple que tu as fait sortir d'Egypte se conduit très mal. 
Ils se sont bien vite détournés de la voie que je leur avais indiquée. Ils se sont fabriqué un veau de métal fondu, ils se sont prosternés devant lui et lui ont offert des sacrifices en disant: «Israël, voici ton dieu, qui t'a fait sortir d'Egypte!».  Puis l'Eternel ajouta: - Je constate que ce peuple est un peuple rebelle.  (Exode 32, 7 à 9).
Métaphoriquement, le Veau d’or ce sont tous les dieux de la nature, tous ceux que les sociétés anciennes ont vénéré dans des cultes consacrés aux puissances de l’orage, du soleil, de la mer et biens d’autres entités naturelles encore, mais également le veau d’or, et c’est ce qui nous vient en premier à l’esprit, c’est la vénération pour les richesses de ce monde.

En ésotérisme, il est habituel de diviser le monde en deux sphères : un monde d’en-haut et un monde d’en bas. Et par effet de miroir, ou de génération, l’un correspondrait à l’autre : « Il est vrai, sans mensonge, certain, et très véritable : ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut ; et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d'une seule chose. Et comme toutes les choses ont été, et sont venues d’un, par la médiation d’un : ainsi toutes les choses ont été nées de cette chose unique, par adaptation. Le soleil en est le père, la lune est sa mère, le vent l’a porté dans son ventre ; la Terre est sa nourrice. Le père de tout le telesme de tout le monde est ici." (Table d’Hémeraute D’hermès Trismégiste).
Comme on le voit dans le texte ces deux mondes forment une unité que l’on retrouve également par parenté d’idées chez Numénius ou chez Plotin, autrement dit une unité qui serait une espèce de continuum évoluant de l’Etre le plus indéterminé jusqu’aux objets matériels et aux êtres vivants les plus hétéroclites. Ce continuum pourrait avoir pour devise « l’un dans le multiple et le multiple dans l’un ».
Or, quand la Genèse affirme que l’homme est fait à l’image de Dieu, elle n’affirme pas, dans une espèce d’esprit plotinien que Dieu est un avec l’homme ou que Dieu est comme l’homme et inversement. Au contraire, elle affirme simplement que l’homme est à l’image de Dieu comme un soldat de plomb est à l’image d’un vrai soldat, c’est-à-dire que le premier est très loin de s’approcher du second sinon par un rapport de similitude plus ou moins convaincant. De plus seul l’homme est à l’image de Dieu, le reste de la création n’a aucune similitude ni de près ni de loin avec son créateur. Il n’y a ainsi pas de continuum du Créateur à la création. Il faut en conclure que Dieu est radicalement différent de la création et que la pensée à l’origine des textes bibliques est une pensée dualiste par essence contrairement à la pensée philosophique grecque dont les fondements monistes apparaissent outrageusement non seulement chez les auteurs précités, mais également chez Platon avec sa théorie des idées au sommet de laquelle trône l’idée du Bien, mais également chez les Présocratiques qui ont presque tous rechercher le principe originel du monde manifesté à savoir l’eau chez Thalès, l’apeiron ou l’illimité (infini) chez Anaximandre, l’air chez Anaximène, le Logos chez Héraclite, les nombres chez Pythagore, l’être et le non-être chez Parménide, l’atome chez Démocrite…  

Les derniers cités sont tous des philosophes dit de la nature, nature qui représente pour eux l’unité de toutes choses. Aucun d’eux ne conçoit une surnature ou plus exactement chez les Présocratiques tous phénomènes surnaturels à systématiquement des causes naturelles. Ainsi l’ensemble de la pensée grecque préchrétienne est une pensée totalitaire au sens non pas politique du terme mais au sens moniste, c’est-à-dire qu’il y aurait un principe fondant chaque réalité et c’est à ce dernier qu’il faudrait se référer pour trouver réponse à nos questions.

Alors, d’une simple analyse des discordances entre le monisme grecque et le dualisme judéo-chrétien, il n’est pas difficile de comprendre que la conception des dieux grecs est radicalement à l’opposé d’un Dieu unique chez les juifs et les chrétiens.
Le Veau d’or c’est en quelque sorte l’archétype de toutes les puissances vénérées par une pensée à principe unique, pensée qui se heurte frontalement la conception d’une création ouverte qui ne peut trouver son explication en elle-même.
Finalement pour répondre à la question « pourquoi les hommes vivent mal », il y a deux tentatives de réponse distinctes.

-          1) Manque de connaissances
La première qui a été inaugurée par l’éthique socratique à savoir que nul n’est méchant volontairement car tous les hommes commettent l’injustice par ignorance, et j’ajouterais par ignorance des principes qui régissent la nature. Dans ce cas, ce serait l’éducation qui permettrait de retrouver la voie de la vertu car l’homme est bon naturellement.

-          2) Manque de foi
La seconde qui est issue de la tradition biblique juive à savoir que l’homme est un pécheur devant l’Eternel. Ce pécheur devrait son salut non à une quelconque connaissance mais plutôt à la reconnaissance de son créateur et à la confiance qu’il investira en lui (acte de foi). Comme Abraham, sera juste celui qui  investira sa confiance en Dieu, seulement alors pourront en découler les bonnes œuvres. Les bonnes volontés sans Dieu ne suffisent car comme dit l’adage l’Enfer est pavé de bonnes intentions.   

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